Kreuzberg : du Görlitzer Park au Landwehrkanal
Jakob Schick
Kreuzberg n'est pas un seul quartier, mais au moins trois mondes différents sur un espace restreint. Le bourgeois Bergmannkiez avec ses appartements en Altbau et son marché du samedi, le vivant Wrangelkiez avec sa scène de bars et de restaurants, et le brut Kottbusser Tor, où des supermarchés turcs coexistent avec des clubs techno. C'est précisément ce mélange qui fait Kreuzberg : ici, Berlin est tel qu'on se l'imagine, mais qu'on trouve rarement ailleurs.
Kottbusser Tor — le cœur de SO36
Le « Kotti » est bruyant, chaotique et sans fard. Autour de la place se succèdent des supermarchés turcs avec des fruits et légumes frais, des Spätis qui ne ferment jamais, et le Südblock avec sa terrasse donnant directement sur le Kottbusser Tor. Le soir, les voisins s'y retrouvent autour d'une bière pendant que le métro aérien passe au-dessus de la place.
Le Kottbusser Tor n'a pas bonne réputation dans les guides touristiques, et certes, il n'est pas beau au sens classique du terme. Mais ceux qui s'y attardent y trouvent une authenticité que de nombreux quartiers gentrifiés ont perdue. Au Café Kotti, on sert le meilleur thé turc du coin, et le NBI d'à côté propose une excellente pizza.
Conseil : Commencer le vendredi soir au Kottbusser Tor et se laisser porter. La nuit se fond ici sans couture dans le matin.
Oranienstraße — l'artère principale
La Oranienstraße s'étire du Moritzplatz jusqu'au Heinrichplatz et est la rue la plus animée de Kreuzberg. On y trouve tout côte à côte : des librairies comme la légendaire Kisch & Co., des sandwicheries à döner, des boutiques vintage, de petites galeries et les bistrots traditionnels où les mêmes habitués se retrouvent depuis des décennies.
La Oranienstraße a changé — plus de cafés, des loyers plus élevés, quelques-uns des anciens commerces contraints de fermer. Mais le caractère est resté. Le 1er mai, la rue se transforme en fête populaire, et même un vendredi soir ordinaire, l'énergie est palpable. Pour une première impression de Kreuzberg, une promenade sur la Oranienstraße est le meilleur point de départ.
À ne pas manquer : Le mélange de boutiques turques et de nouveaux concept stores. Au Bateau Ivre, on trouve de bons vins ; au SO36, des concerts légendaires.
Wrangelkiez — bars et restaurants à n'en plus finir
Autour de la Schlesische Straße et de la Wrangelstraße s'est développée l'une des scènes de bars et de restaurants les plus denses de Berlin. Sur quelques centaines de mètres, on trouve des trattorias italiennes, des soupes de nouilles vietnamiennes, des taquerias mexicaines et des bistrots de coin de rue berlinois classiques.
Le Wrangelkiez est plus vivant et plus jeune que le Bergmannkiez, mais moins touristique que la Oranienstraße. Le soir, les trottoirs se remplissent, les bars ouvrent leurs portes en grand, et l'on peut passer d'un établissement à l'autre sans marcher plus de 100 mètres. Le Henne Alt-Berliner Wirtshaus ne sert qu'un seul plat depuis plus de cent ans : un demi-poulet, croustillant et parfait.
Recommandations : Cocolo Ramen pour les meilleurs ramens du coin, Luzia pour des cocktails décontractés, Five Elephant pour un café le lendemain matin.
Bergmannkiez — le Kreuzberg tranquille
Au sud du Mehringdamm se trouve le Bergmannkiez, le coin le plus paisible de Kreuzberg. La Bergmannstraße, avec ses petites boutiques, ses cafés et ses restaurants, a une atmosphère presque provinciale. Il n'y a pas de tourisme nocturne ici, mais le Marheinekeplatz avec son marché, le Chamissokiez avec ses ruelles pavées calmes et le Viktoriapark avec sa cascade et le Kreuzbergdenkmal.
Depuis le Kreuzberg lui-même — la colline qui a donné son nom au quartier — on jouit d'une belle vue sur les toits. En été, les familles s'étendent sur l'herbe ; en hiver, les enfants viennent faire de la luge. Le Bergmannkiez est la preuve que Kreuzberg ne doit pas forcément être sauvage et bruyant — il peut aussi être calme et vert.
Conseil : Le samedi, flâner au marché du Marheinekeplatz puis prendre le petit-déjeuner au Café am Engelbecken.
Am Landwehrkanal — l'artère verte de Kreuzberg
Le Landwehrkanal traverse tout Kreuzberg et constitue le lien naturel entre les différents Kieze. Le long du Paul-Lincke-Ufer s'alignent cafés et bancs au bord de l'eau ; au Maybachufer, le Türkischer Markt se tient tous les mardis et vendredis ; et à l'Urbanhafen, on peut se baigner en été au Badeschiff — une piscine flottant sur la Spree.
Une promenade le long du canal est la meilleure façon de découvrir Kreuzberg. On part du Kottbusser Tor, on longe le canal vers l'ouest en passant par l'Urbanhafen, le Paul-Lincke-Ufer et le Maybachufer, pour terminer là où le Landwehrkanal rejoint le Tiergarten. Le trajet complet dure environ une heure et traverse tout ce qui fait Kreuzberg.
Le meilleur moment : Au printemps ou en été, l'après-midi, avec un café du Concierge Coffee au Paul-Lincke-Ufer à la main.
Görlitzer Park — controversé, mais indissociable de Kreuzberg
Le « Görli » est le plus grand parc de Kreuzberg et, en même temps, son endroit le plus controversé. La journée, les familles fréquentent l'aire de jeux, les jeunes le terrain de basket, et sur les pelouses on fait des barbecues et de la musique. Le parc a aussi une face sombre — le trafic de drogue à ciel ouvert — qu'il serait malhonnête de passer sous silence.
Malgré cela, le Görlitzer Park appartient à Kreuzberg tout autant que le Kotti ou la Oranienstraße. En été, c'est l'un des endroits les plus vivants de la ville, et le café à l'intérieur du parc sert un café étonnamment bon. Se promener dans le parc en journée donne une image non filtrée de Kreuzberg, avec toutes ses contradictions.
Vivre Kreuzberg : une journée dans le Kiez
Une journée parfaite à Kreuzberg pourrait ressembler à ceci : café du matin au bord du Landwehrkanal, puis flânerie au Türkischer Markt au Maybachufer. À midi, un döner chez Imren ou un petit-déjeuner tardif à l'Ora. L'après-midi, promenade dans le Bergmannkiez et montée jusqu'au Viktoriapark. Le soir, direction le Wrangelkiez pour dîner, puis un ou deux bars sur la Oranienstraße.
Kreuzberg est suffisamment compact pour être exploré entièrement à pied. Ceux qui y habitent n'ont guère besoin du métro que pour quitter le Kiez — ce qu'ils n'ont, la plupart du temps, aucune envie de faire.
Jakob Schick
Rédacteur chez bevoflats. Toujours à la recherche du meilleur café du coin.